KhallotB/L · N° 3

La Semaine

samedi 31 octobre 2026Faits du 26 au 31 octobre 20265 faits · 14 min de lecture

Ce qui s'est passé, choisi pour ton programme : pour chaque fait, les points clefs, une référence à citer et la phrase pour ta copie. Chaque chiffre est contrôlé contre le texte de sa source, puis relu.

À la uneÉconomie · Politique monétaire

Inflation à 3,4 % : la BCE a débattu d'une hausse de ses taux

Le 30 octobre, l'Insee a estimé l'inflation d'octobre à 3,4 % sur un an, contre 0,9 % un an plus tôt.1 La veille, la Banque centrale européenne avait laissé ses taux inchangés, après avoir débattu d'une hausse.2

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Les trois étages d'un choc d'énergie, tels que la BCE les distingue le 29 octobre 2026.

Un choc venu de l'énergie

La hausse vient d'abord de l'énergie. Ses prix accéléreraient pour le quatrième mois de suite, tirés par le gaz et les produits pétroliers, et monteraient de 24,1 % sur un an, alors que l'énergie ne pèse que 764 pour 10 000 dans l'indice.1

La hausse est plus forte qu'en Allemagne. Mesurée par l'indice harmonisé, celui qui permet de comparer les pays de la zone euro, l'inflation atteint 3,8 % en France1, contre 2,8 % en Allemagne selon l'estimation provisoire de l'office fédéral de la statistique.5

Une hausse débattue, puis reportée

Le 29 octobre, le Conseil des gouverneurs a débattu d'une hausse des taux. Il a décidé à l'unanimité d'attendre, au vu d'une incertitude qui grandit et d'une inflation sous-jacente restée à peu près stable, et a laissé son taux de dépôt à 2,50 %.2, 3 Christine Lagarde a ajouté que la situation actuelle « aurait pu justifier une hausse » et que, si les données à venir la confirment, « la direction est assez claire ».2

Les conditions de financement se sont déjà resserrées : le rendement moyen des emprunts d'État à dix ans a monté d'environ 35 points de base depuis la préparation des projections de septembre.2

Le troisième étage, celui des salaires

Christine Lagarde distingue trois étages du choc : l'effet direct sur le prix de l'énergie, que la BCE voit nettement ; les effets indirects sur le coût des autres produits, dont elle constate la hausse ; et les effets de second tour, quand les salaires suivent les prix, qui exigeraient une décision de politique monétaire. Pour l'instant, elle ne voit pas de risque de second tour au-delà de ce que prévoyaient les projections de septembre ; dans la zone euro, la rémunération par salarié a ralenti à 3,3 % sur un an au deuxième trimestre.2

Le fait oppose deux lectures d'une même hausse. Tant qu'elle reste un choc d'offre importé, monter les taux freinerait l'activité sans faire baisser le prix du gaz. Si elle se diffuse aux salaires et aux autres prix, elle s'entretient d'elle-même. La BCE se donne jusqu'à décembre, avec de nouvelles projections, pour trancher.2

À écrire dans ta copie

Selon l'Insee, l'inflation atteint 3,4 % en octobre 2026, portée par l'énergie1 ; la BCE, qui a débattu d'une hausse de ses taux, attend décembre pour trancher.2 L'effet d'un choc sur les prix dure moins que celui d'un marché du travail en surchauffe, montrent Bernanke et Blanchard pour les États-Unis.4

Une problématiqueUne banque centrale doit-elle réagir à un choc d'énergie ?

Attention. Le chiffre de l'Insee est provisoire (définitif le 13 novembre) ; l'indice harmonisé, que suit la BCE, donne 3,8 %.1 Aucune hausse n'est annoncée pour décembre : la BCE décide « réunion par réunion ».3 Bernanke et Blanchard étudient les États-Unis d'après la pandémie.

Déjà tombé

  • « Le retour de l’inflation ? »Oral d'économie B/L, ENS (tronc commun), 2025
  • « Inflation : canaux de transmission et implications »Oral d'économie B/L, ENS (épreuve commune), 2024
  • « Causes et conséquences de l’inflation »Oral d'économie B/L, ENS (option), 2024

Sources

  • 1 Insee, Informations rapides n° 266 : « En octobre 2026, les prix à la consommation augmenteraient de 3,4 % sur un an », 30 octobre 2026
  • 2 Banque centrale européenne, déclaration de politique monétaire et conférence de presse de Christine Lagarde (document de fond), 29 octobre 2026
  • 3 Banque centrale européenne, communiqué « Monetary policy decisions » (document de fond), 29 octobre 2026
  • 4 Ben S. Bernanke et Olivier J. Blanchard, « What Caused the US Pandemic-Era Inflation? », NBER Working Paper n° 31417, juin 2023
  • 5 Destatis, communiqué n° 382 : « Inflationsrate im Oktober 2026 voraussichtlich +2,8 % », 30 octobre 2026

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02Sociologie · Inégalités femmes-hommes

Salaires : 12,8 % d'écart, surtout dû à des emplois différents

Le 22 octobre, l'Insee a publié les salaires du secteur privé en 2025. À temps de travail égal, les femmes gagnent 12,8 % de moins que les hommes. L'écart se réduit lentement : de 0,3 point en un an, de 5,2 points en dix ans.6

2 min de lecture2 sources22 extraits vérifiés

Écart de salaire entre femmes et hommes dans le secteur privé en 2025.

D'où vient l'écart

Comme la comparaison se fait en équivalent temps plein, l'écart ne vient pas du temps partiel. Il reflète principalement, selon l'Insee, le fait que femmes et hommes n'exercent pas les mêmes emplois dans les mêmes entreprises : c'est ce que la sociologie appelle la ségrégation professionnelle.6

Le sommet de l'échelle pèse lourd. Les femmes sont 42,0 % des salariés du privé, mais 24,7 % du 1 % le mieux payé ; sans ce 1 %, l'écart tombe à 9,0 %.6

Une échelle qui se rouvre

En 2025, le pouvoir d'achat a progressé de 1,0 % pour le premier décile et de 2,2 % au 99e centile. Les années précédentes, les revalorisations automatiques du Smic avaient protégé les bas salaires pendant que l'inflation rognait les autres.6

Deux causes, deux réponses

Si l'écart tient à la place qu'occupent femmes et hommes, il appelle des politiques d'accès aux métiers et aux postes les mieux payés. S'il naît au fil des carrières, il renvoie au partage des tâches familiales. La mesure compte aussi : la moyenne, la médiane et les déciles ne racontent pas la même histoire.

À écrire dans ta copie

Selon l'Insee, l'écart de salaire entre femmes et hommes (12,8 % en 2025) tient surtout à des emplois différents6 ; aux États-Unis, Claudia Goldin montre qu'il se creuse aussi à métier égal, avec le premier enfant7 : la ségrégation professionnelle n'explique pas tout.

Une problématiquePourquoi l'écart de salaire entre femmes et hommes résiste-t-il à l'égalité des droits ?

Attention. Les salaires sont convertis en équivalent temps plein : ils effacent le temps partiel, plus fréquent chez les femmes, qui creuse l'écart des salaires réellement perçus. La fonction publique n'est pas dans le champ.

Déjà tombé

  • « Les déterminants des inégalités femmes-hommes sur le marché du travail »Oral d'économie B/L, ENS (tronc commun), 2023
  • « Genre et classes populaires »Oral de sociologie B/L, ENS (tronc commun), 2023

Sources

  • 6 Insee, Insee Première n° 2132 : « Les salaires dans le secteur privé en 2025 », 22 octobre 2026
  • 7 Académie royale des sciences de Suède, communiqué du prix d'économie 2023, 9 octobre 2023

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03Sociologie · Pauvreté

La pauvreté dure : 7,2 % sous le seuil quatre ans de suite

Le 1er octobre, l'Insee a publié une étude qui suit les mêmes personnes pendant quatre ans. Entre 2021 et 2024, 7,2 % de la population de France hors outre-mer a vécu sous le seuil de pauvreté chacune des quatre années.8

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Part de la population sous le seuil de pauvreté chacune des quatre années, selon la période.

La durée, plus que le nombre

La part des personnes qui passent un jour par la pauvreté a peu changé : une sur quatre entre 2021 et 2024, une proportion presque identique à celle de 2008-2011. C'est la durée qui s'allonge : la pauvreté continue touchait 4,3 % de la population sur 2008-2011. L'Insee en conclut que la hausse du taux annuel, passé de 12,9 % en 2008 à 15,4 % en 2024, traduit avant tout « des situations de pauvreté de plus en plus chroniques ».8

Là où les fragilités se cumulent

La pauvreté durable touche d'abord ceux qui cumulent les fragilités : 22,4 % des personnes au chômage début 2022 restent pauvres les quatre années, contre 3,0 % des personnes en emploi. À caractéristiques identiques, une personne en famille monoparentale court un risque relatif près de 2,5 fois plus élevé qu'une personne en couple avec enfants, et 11,2 % des 16-25 ans vivent une pauvreté continue.8

Quand elle dure, la pauvreté ne se résume plus à un revenu : début 2025, 69,1 % des personnes pauvres quatre ans de suite déclarent ne pas pouvoir faire face à une dépense imprévue de 1 000 euros.8

Une question de mesure

Le fait déplace la question. Un taux de pauvreté annuel ne dit pas si ce sont les mêmes personnes d'une année sur l'autre : seul un panel le montre. La pauvreté peut être un passage ou un état durable, et l'étude montre que, depuis quinze ans, elle s'installe plus souvent dans la durée.

À écrire dans ta copie

Selon l'Insee, 7,2 % de la population a été pauvre quatre années de suite entre 2021 et 2024, contre 4,3 % en 2008-20118 : la pauvreté s'installe dans la durée, ce que Serge Paugam analyse comme un processus de « disqualification sociale ».9

Une problématiqueLa pauvreté est-elle un état ou une trajectoire ?

Attention. Le seuil est relatif (60 % du niveau de vie médian) : la pauvreté mesurée dépend de toute la distribution des revenus. Le panel ignore l'outre-mer, les personnes sans domicile et celles qui vivent en Ehpad ou en résidence universitaire.

Déjà tombé

  • « La pauvreté »Oral d'économie B/L, ENS (option), 2024
  • « La lutte contre la pauvreté »Oral d'économie B/L, ENS (tronc commun), 2025
  • « La transition vers l’âge adulte »Oral de sociologie B/L, ENS (dossier), 2026

Sources

  • 8 Insee, Insee Première n° 2129 : « En quinze ans, des épisodes de pauvreté monétaire plus durables », 1er octobre 2026
  • 9 La Vie des idées, « Pauvreté et solidarité », entretien avec Serge Paugam, 30 mai 2008

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04Géographie · Territoires d'outre-mer

Outre-mer : de l'assimilation de 1946 à l'« article 73 unique »

Le 1er octobre, le sénateur Dominique Théophile a déposé une proposition de loi constitutionnelle : elle supprimerait les articles 73 et 74 de la Constitution pour créer un « article 73 unique », conçu comme « une boîte à outils constitutionnelle » où chaque territoire choisirait, après consultation de sa population, son niveau de différenciation.10, 12

3 min de lecture4 sources30 extraits vérifiés

Les territoires ultramarins selon la Constitution, et la proposition du 1er octobre 2026.

Une « mosaïque illisible »

Aujourd'hui, le régime dépend du statut. Sous l'article 73, « les lois et règlements sont applicables de plein droit », avec des adaptations : c'est le régime de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique, de La Réunion et de Mayotte. Les collectivités d'outre-mer (article 74) ont chacune un statut fixé par une loi organique : la Polynésie française, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna.11

L'exposé des motifs voit dans cette distinction, fixée en 2003, une « mosaïque illisible ». Saint-Barthélemy et Saint-Martin, détachées de la Guadeloupe en 2007 et passées à l'article 74, appliqueraient « à 95 % le droit commun hexagonal » ; Saint-Pierre-et-Miquelon, 6 000 habitants, relève du même article que la Polynésie et ses 300 000 habitants.10

Cinq outils à la carte

Le texte propose cinq outils : le droit commun adaptable, l'habilitation à fixer ses propres règles, le transfert de compétences régaliennes hors socle régalien, l'autonomie normative et fiscale, la participation internationale.10 Le choix passerait par la consultation des électeurs que l'article 72‑4 impose déjà avant tout changement de régime.11

De l'assimilation à la différenciation

En 1946, le mouvement allait dans l'autre sens : la « loi d'assimilation », votée à l'unanimité le 19 mars, a fait de la Guadeloupe et de la Martinique des départements français.13 Quatre-vingts ans plus tard, ce sont des territoires de l'article 73 qui « ne cessent de demander des habilitations » pour s'écarter de la loi commune.10

Pour une copie de géographie, le fait montre que le statut fabrique l'espace : il décide qui fixe les règles, de la fiscalité au foncier. Le cadrage du programme 2027 décrit des engagements politiques « oscillant entre demande d'égalité réelle et aspirations à une plus grande autonomie voire à l'indépendance ».

À écrire dans ta copie

La proposition d'« article 73 unique » (Sénat, 1er octobre 2026) montre que le statut fabrique l'espace ultramarin : depuis la loi d'assimilation de 1946, l'outre-mer oscille entre l'égalité par le droit commun et le droit d'adapter ses règles.

Une problématiqueÉgalité ou différenciation : quel statut pour les territoires d'outre-mer ?

Attention. Le texte vient seulement d'être déposé : une révision voulue par des parlementaires doit être votée dans les mêmes termes par les deux assemblées, puis approuvée par référendum (article 89).11

Au programme

  • géographie, concours 2027 Les territoires d’Outre-mer français
  • géographie, concours 2027 des statuts juridiques et des organisations politiques pour partie dérogatoires

Déjà tombé

Programme neuf : pas encore de sujet.

Sources

  • 10 Sénat, proposition de loi constitutionnelle n° 2 (2026-2027) visant à refonder le statut constitutionnel des outre-mer, exposé des motifs, 1er octobre 2026
  • 11 Conseil constitutionnel, texte intégral de la Constitution du 4 octobre 1958 en vigueur (articles 72-3, 72-4, 73, 74 et 89) (document de fond), 1er novembre 2026
  • 12 Sénat, dossier législatif « Refonder le statut constitutionnel des outre-mer », 14 octobre 2026
  • 13 Assemblée nationale, « Césaire : poète et politique », 2022

30 extraits vérifiés mot pour mot

05Histoire · Migrations en Europe

Accord RFA–Turquie de 1961 : le provisoire devenu immigration

Le 29 octobre, à la veille des 65 ans de l'accord de recrutement signé le 30 octobre 1961 par la RFA et la Turquie, l'office fédéral de la statistique (Destatis) a publié son décompte : 2,6 millions de personnes vivant en Allemagne ont une histoire migratoire turque, 1,5 million immigrées elles-mêmes et 1,2 million nées en Allemagne.14

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De l'accord de recrutement de 1961 au décompte de 2025.

Des travailleurs « invités »

L'accord répond à une pénurie de main-d'œuvre : en 1960, la RFA compte environ 650 000 emplois vacants pour 150 000 demandeurs, et le mur de Berlin, en 1961, tarit l'arrivée des travailleurs réfugiés de RDA. Il devait rester temporaire : les contrats étaient d'abord limités à deux ans, d'où le mot « Gastarbeiter », travailleur invité, et un principe de rotation prévoyait le retour des uns et leur remplacement par d'autres. Beaucoup d'entreprises l'ont vite abandonné pour garder des ouvriers formés.15

Le provisoire qui dure

L'arrêt du recrutement, le 23 novembre 197314, a un effet que ses auteurs n'attendaient pas : beaucoup de travailleurs restent, aussi par peur de ne pas pouvoir revenir, et font venir leur famille. Entre 1974 et 1980, le nombre de ressortissants turcs en Allemagne monte à 1,4 million. L'intégration reste pourtant longtemps hors du débat politique, tourné vers l'arrêt du recrutement et l'aide au retour.15

La famille a pris le relais du travail : pour 64 % des immigrés nés en Turquie, elle est le premier motif d'arrivée, contre 15 % pour l'emploi.14

Une installation sur plusieurs générations

Pour une copie, l'accord montre l'écart entre l'intention d'une politique migratoire et ses effets : une migration de travail conçue comme temporaire devient, par le regroupement familial, une installation sur plusieurs générations. Au jubilé, le chancelier Friedrich Merz l'a résumé ainsi : les « Gastarbeiter » sont devenus peu à peu des immigrés, puis, un jour, des Allemands.15

À écrire dans ta copie

L'accord de 1961 entre la RFA et la Turquie montre qu'une migration de travail pensée comme provisoire devient une immigration d'installation : dès 1979, le mémorandum Kühn jugeait « irréaliste » une intégration « temporaire » ; selon Destatis, 2,6 millions de personnes vivant en Allemagne ont aujourd'hui une histoire migratoire turque.

Une problématiquePourquoi les migrations de travail deviennent-elles des migrations d'installation ?

Attention. Une « histoire migratoire » (Einwanderungsgeschichte) compte les personnes immigrées et celles dont les deux parents ont immigré après 1950 ; 48 % des personnes d'histoire migratoire turque ont la nationalité allemande.

Déjà tombé

  • « Les migrations en Europe »Oral d'histoire B/L, ENS, 2022

Sources

  • 14 Destatis, communiqué n° 377 : « 65 Jahre Anwerbeabkommen mit der Türkei: 2,6 Millionen Menschen in Deutschland mit türkischer Einwanderungsgeschichte », 29 octobre 2026
  • 15 Bundeszentrale für politische Bildung (bpb), « Das deutsch-türkische Anwerbeabkommen von 1961 », Hintergrund aktuell (document de fond), 31 octobre 2026
  • 16 Heinz Kühn, mémorandum du délégué du gouvernement fédéral aux étrangers (1979), traduction anglaise officielle, German History Intersections, 1979

32 extraits vérifiés mot pour mot

Les photos sont recadrées et passées en bichromie par Khallot ; chacune reste sous la licence de l’original, indiquée dans les crédits.