Pas à pas
1 · Lire le sujet mot à mot
Définis chaque terme, articles compris : « un roman » et « le roman » ne posent pas le même problème. Délimite ce dont tu parleras et ce que tu écartes, en le justifiant. Cherche ensuite l’implicite : ce que le sujet présuppose, ce qu’il sous-entend, la question cachée derrière une affirmation. Ce travail reste au brouillon : la copie n’en garde que les acquis.
2 · Reconnaître la forme du sujet
Une question fermée (« Peut-on… ? ») appelle des réponses par oui ou par non. Une question ouverte (« Pourquoi… ? », « Dans quelle mesure… ? ») appelle des manières de compléter la phrase. Une notion seule invite à interroger sa définition, son existence ou une idée reçue à son sujet. Un couple « X et Y » porte sur la relation entre les deux, pas sur chacun tour à tour. Une citation se discute : que dit l’auteur, qu’est-ce qui l’autorise à le dire, a-t-il entièrement raison ?
3 · Construire le brouillon dans le bon ordre
Définitions, puis problème, puis deux ou trois grandes réponses possibles qui deviennent les titres de parties. Seulement alors, cherche arguments, auteurs et exemples, et range-les sous la thèse qu’ils servent. Commencer par une liste d’idées au hasard pousse ensuite à tout caser, y compris le hors-sujet. Une feuille par partie, posées côte à côte, évite les répétitions.
4 · Temps et relecture
Fixe les heures de bascule dès la première minute et note-les en haut du brouillon. Repère souvent donné pour une épreuve de six heures : environ deux heures et demie de brouillon, trois heures de rédaction, une demi-heure de relecture ; pour quatre heures, environ une heure et quart de plan détaillé. Relis en t’écoutant intérieurement : négation oubliée, nom mal orthographié, référence douteuse, accord manqué.
La copie, partie par partie
Les gestes de l’introduction, du développement et de la conclusion, dans l’ordre où on les écrit, avec la phrase du jury qui les fonde.
L’introduction
Conduire du sujet tel qu’il est écrit au problème que tu vas résoudre, puis donner la carte du trajet.
- Entrer en matière. Quelques lignes qui mènent au sujet : un fait, un cas, une œuvre, une situation. Elles doivent pouvoir introduire le problème, sinon mieux vaut ouvrir directement sur les termes.
- Énoncer le sujet exactement. Recopie l’intitulé ou la citation sans le modifier.
- Définir les termes et leurs liens. Chaque terme, articles compris, puis ce qui les relie. Délimite ce dont tu parleras, et ce que tu écartes en le justifiant.
- Faire apparaître la tension. Deux paragraphes : ce qui pousse à répondre dans un sens, puis ce qui pousse dans l’autre. Le problème est leur rencontre.
- Poser la problématique. Une question, qui garde la forme du sujet : une question fermée appelle oui ou non, une question ouverte des manières de compléter la phrase.
- Annoncer le plan. En phrases, sans numéros, de façon à faire voir pourquoi chaque étape suit la précédente.
« Dès l’introduction, le candidat doit saisir la complexité du sujet et les contradictions dont il est porteur. »
Rapport du jury 2025, BCE, dissertation de culture générale conçue par ExceliaUne introduction qui ne contient aucune contradiction n’a pas encore trouvé le sujet.
Le développement
Des parties qui répondent, des paragraphes qui démontrent, des transitions qui avancent.
- Des titres qui répondent. Formule chaque partie et chaque sous-partie comme une phrase complète, avec un verbe conjugué et les mots du sujet. Un groupe nominal (« Le rôle de l’État ») est un thème ; une phrase (« L’État crée le marché qu’il prétend seulement encadrer ») est une thèse. Test du dialogue : pose la problématique, réponds par ton titre ; si l’interlocuteur dirait « Pardon ? », tu es sorti du sujet.
- Un paragraphe, une idée. La thèse en une phrase, puis le raisonnement, l’exemple ou la référence développés, puis une phrase qui rattache l’acquis à la partie.
- Analyser, pas énumérer. Un exemple ne s’énumère pas, il s’analyse. Une référence se reconstruit : quelle est la thèse de l’auteur, sur quelles raisons, et en quoi elle éclaire ta propre question.
- Des transitions en trois temps. Ce qui est acquis, ce qui manque encore, la piste suivante. Sans le deuxième temps, le lecteur n’a aucune raison de lire la suite.
« Les « d’abord », « ensuite », « enfin » et expressions de ce type qui servent souvent à enchaîner les arguments et les axes des grandes parties en fin d’introduction ne garantissent en rien une logique mais fonctionnent sur le mode du cumul. »
Rapport du jury 2024, BCE, dissertation de culture générale conçue par HEC Paris et emlyonLe même rapport ajoute : ils donnent la liste des ingrédients, pas la recette. Remplace-les par « parce que », « mais alors », « il faut donc ».
La conclusion
Répondre, en une phrase qu’on puisse retenir.
- Répondre à la problématique. Une phrase nette, en ton nom, avec les conditions que le développement a établies.
- Rappeler le chemin par ses liens logiques. Pas « d’abord, ensuite, enfin », mais ce qui a obligé à passer d’une étape à l’autre.
- Pas d’idée neuve à la dernière ligne. Une ouverture seulement si elle prolonge vraiment le problème ; sinon, mieux vaut s’arrêter.
« On rappellera encore qu’une dissertation se conclut. »
Rapport du jury 2022, banque d’épreuves littéraires (ENS), composition de philosophieRédige la conclusion au brouillon dès que le plan est fixé : à la dernière heure, il ne reste ni le temps ni la lucidité.
Ce que dit le jury
Citations des rapports de jury, qui sont des documents publics. Ta filière peut avoir d’autres jurys : vérifie le rapport de ton concours.
« Rappelons qu’une dissertation requiert un effort – même maladroit – de problématisation du sujet proposé. »
Rapport du jury 2025, BCE, dissertation de culture générale conçue par ExceliaUne problématique imparfaite vaut mieux que pas de problématique. Le correcteur note l’effort de poser un problème, pas son élégance.
« La gestion du temps de l’épreuve est essentielle, et l’argumentation doit être soutenue tout au long de la copie. »
Rapport du jury 2024, sciences économiques et sociales · banque Lettres et sciences économiques et sociales (ENS)Le premier gain de points est de finir. Calcule ton temps sur la dernière partie et la conclusion avant de soigner l’introduction.
Idées reçues sur ce qu’attend le jury
Ce qu’on croit obligatoire, confronté aux rapports de jury publics. Chaque citation est vérifiée mot pour mot ; quand les jurys divergent, nous le disons.
Une dissertation doit avoir trois parties, avec trois sous-parties chacune.
Contredite par les jurys
Plusieurs jurys l’écrivent noir sur blanc : le nombre de parties n’est pas une règle. Ce qui est noté, c’est un plan clair où chaque partie fait avancer la réponse. Deux parties solides valent mieux que trois dont une est artificielle.
« une structure en trois temps n’est obligatoire à aucun moment de l’argumentation, ni au niveau du nombre des parties et des sous-parties, ni au niveau du nombre des arguments. »
Rapport du jury 2025, français-philosophie · CCINP, page 3
« Beaucoup de candidates et de candidats semblent encore persuadés qu’un plan doit absolument être composé de trois parties, chacune déclinée en trois sous-parties. »
Rapport du jury 2024, écrit d’allemand · B/L (ENS), page 4
Les sous-parties doivent être de même longueur.
Ça dépend du concours
En philosophie, en culture générale et en dissertation littéraire, aucun des 36 rapports d’écrit et d’oral que nous avons lus (ENS, BCE et CCINP, sessions 2022 à 2026) ne demande des sous-parties de même taille. En composition française, en revanche, le jury de l’ENS demande d’équilibrer parties et sous-parties. Partout, éviter un plan très déséquilibré reste un bon conseil ; inventer une sous-partie pour égaliser, non.
« Certes, il est préférable d’éviter les plans déséquilibrés, avec de grandes disparités de taille entre les parties, mais le jury privilégiera toujours une copie construite selon un plan limpide, quand bien même elle n’aurait que deux parties, ou que le nombre de sous-parties varierait d’une partie à l’autre »
Rapport du jury 2024, écrit d’allemand · B/L (ENS), page 4
« Il importe par ailleurs, au sein du développement, d’équilibrer le traitement des parties et des sous-parties »
Rapport du jury 2025, composition française · banque d’épreuves littéraires (ENS), page 11
Une copie longue montre qu’on a beaucoup à dire, et rapporte plus.
Contredite par les jurys
Les jurys le répètent d’une matière à l’autre : la longueur n’est pas notée, la pertinence l’est. Le temps passé à remplir est pris sur la relecture et sur la précision.
« Les bonnes copies ne se sont pas égarées pas dans des développements inutiles (elles n’étaient pas nécessairement longues, la longueur n’étant pas un atout) »
Rapport du jury 2023, histoire, géographie et géopolitique · BCE (GEM), page 2
Une conclusion doit toujours finir par une ouverture.
Ça dépend du concours
Certains jurys apprécient une ouverture pertinente, comme celui de la synthèse de biologie d’Agro-Véto. D’autres mettent en garde contre les ouvertures plaquées. Aucun ne fait de l’ouverture une condition : une conclusion doit d’abord répondre à la question posée.
« Le jury met en garde contre les ouvertures artificielles qui gâchent parfois ce qui précède. »
Rapport du jury 2025, oral de français · Mines-Ponts, page 42